Issue de la collaboration entre hub.brussels, perspective.brussels et l’Université Libre de Bruxelles, cette étude de 2019 s’appuie sur une enquête réalisée auprès de 5.500 ménages et propose une analyse de leurs comportements spatiaux d’achat. Elle s’intéresse uniquement à la population bruxelloise et ne prend en compte les clients issus du reste de la Belgique et des touristes.
Plus de cinq milliards d’euros dépensés dans le commerce de détail
Bien qu’elle varie selon le profil socio-économique, la dépense annuelle moyenne d’un ménage bruxellois dans le commerce est 9.200 euros. Les estimations permettent donc d’affirmer que les dépenses annuelles des 542.000 ménages bruxellois dans le commerce de détail atteint un montant approximatif de 5,5 milliards d’euros.
Près de trois milliards d’euros sont consacrés aux biens de consommation courante (produits alimentaires, d’entretien ou encore médicaments) tandis que le reste se répartit entre les biens semi-courants légers (vêtements, livres, films, articles de sport…) et les biens semi-courants lourds (matériel de bricolage, électroménagers, ameublement…).
La proximité pour les achats courants et la destination pour les achats semi-courants légers
Pour effectuer leurs courses de première nécessité, les ménages bruxellois privilégient des lieux proches et effectuent de courtes distances, notamment en raison de la bonne couverture spatiale de l’offre dédiée à ces achats. Il en résulte une répartition des dépenses sur un grand nombre de noyaux commerçants mais également dans des commerces localisés de manière isolée (plus de 30 % des dépenses bruxelloises pour ce type d’achat sont réalisées en dehors des noyaux commerçants, ce qui est six fois plus que pour les autres achats). Le supermarché reste le lieu privilégié par la population bruxelloise pour les achats courants, puisqu’il représente plus de 95 % des lieux cités par les répondants pour les grosses courses.
Pour les achats semi-courants légers, les comportements des Bruxellois sont davantage liés aux endroits bien équipés par ce type d’offre. On retrouve donc logiquement le centre-ville en tête des destinations pour ce type d’achat, attirant à lui seul plus d’un quart des dépenses du territoire. Le reste se concentre sur seulement quelques lieux, principalement le Haut de la Ville et les centres commerciaux Woluwe Shopping Center et Westland Shopping. À elles quatre, ces destinations recueillent plus de 50% des dépenses annuelles des ménages bruxellois pour ce type d’achat.
Une évasion du pouvoir d’achat pour les achats semi-courants lourds uniquement ?
Au sein du territoire régional, les dépenses consacrées aux achats semi-courants lourds se concentrent aussi sur des lieux qui rassemblent des grandes enseignes. Néanmoins, ces dernières sont plus dispersées que celles consacrées aux achats semi-courants légers, ce qui permet une plus grande distribution des dépenses sur le territoire. La principale destination d’achat est la zone commerciale qui accueille le seul Ikea de la Région et qui recueille plus de 10 % des dépenses bruxelloises. Les autres lieux les plus fréquentés par les Bruxellois sont Bruxelles-Centre, le Basilix Shopping Center, le Woluwe Shopping Center et la zone Auderghem shopping.
En revanche, pour cette catégorie d’achat, plus de 25% des dépenses annuelles sont effectuées hors de Bruxelles et se concentrent sur quelques espaces commerciaux en bordure de la Région (Zaventem, Drogenbos ou encore Sint-Pieters-Leeuw).
Plus largement, l’évasion du pouvoir d’achat concerne 13% des dépenses annuelles totales des ménages bruxellois. Plus de la moitié des achats réalisés en dehors de Bruxelles est réalisée dans des commerces localisés en Brabant Flamand, plus spécifiquement dans des espaces accueillant essentiellement des commerces intégrés (Ikea de Zaventem, zone commerciale de Drogenbos…). Cette évasion touche essentiellement les quartiers bruxellois proches de la frontière régionale, ce qui prouve que l’effet de proximité joue fortement sur les comportements d’achat.
Après la périphérie bruxelloise, l’évasion du pouvoir d’achat bénéficie essentiellement aux commerces non physiques. Parmi eux, le poste de dépenses le plus important est l’achat réalisé en ligne qui cumule plus de 2% de parts de marché, tous achats confondus.
Un centre-ville attractif entouré de noyaux performants
Si les déplacements sont plus longs pour les achats semi-courants que pour les achats courants, c’est en partie lié à la localisation des réseaux d’enseigne et de leur domination dans la perception qu’ont les Bruxellois du paysage commercial. Pour les achats semi-courants, ils impactent fortement les comportements spatiaux des ménages et garantissent à la fois la bonne performance des espaces commerciaux localisés en deuxième couronne (Woluwe Shopping Center, Auderghem Shopping, Basilix Shopping Center…) et celle de quelques espaces traditionnels majeurs (Bruxelles – Centre et Haut de la Ville, ou encore Miroir, Uccle – Centre, La Bascule…), montrant que la Région de Bruxelles-Capitale est un espace commercial polycentrique.
Néanmoins, la majorité des dépenses étant réalisée pour les achats courants (pour lesquels les ménages bruxellois privilégient les lieux proches), nombreux sont les lieux d’achat à percevoir d’importants volumes de dépenses. Certains petits noyaux montrent ainsi une bonne attractivité malgré leur taille plus limitée (Sainte-Alix, Altitude 100 …), prouvant que l’offre alimentaire et de proximité constitue un élément essentiel au maintien des espaces commerçants et plus spécifiquement des quartiers commerçants traditionnels.